
La Francophonie fête samedi ses 40 ans d'existence, qui ont été marqués par quelques succès d'estime comme au sommet de la Terre de Rio en 1992 mais aussi plusieurs échecs, notamment le recul du français dans les institutions internationales et une insuffisante dimension économique.
Le 20 mars 1970 à Niamey (Niger), 21 pays créaient l'Agence de coopération culturelle et technique (ACCT). Devenue en 2005 l'Organisation internationale de la francophonie (OIF), cette instance rassemble aujourd'hui 70 Etats et gouvernements (56 membres et 14 observateurs) qui totalisent 870 millions d'habitants, soit 13% de la population mondiale.
"Depuis 1970, aucun membre n'a quitté l'OIF, bien au contraire!" se réjouit le Québécois Clément Duhaime, administrateur de l'OIF. Le Rwanda a certes rejoint le Commonwealth en novembre 2009 mais sans quitter la Francophonie.
Malgré cette apparente expansion de l'OIF, on ne recense actuellement que 200 millions de francophones dans le monde, dont 72 millions de "locuteurs partiels". Le français est la 9e langue de la planète, la 3e sur la Toile: 5% des pages internet sont rédigées en français, contre 45% en anglais et 7% en allemand.
La langue de Molière et de Senghor perd de l'influence partout, sauf sur le continent noir, qui compte à lui seul 96,2 millions de francophones. "Si le français a atteint en Afrique un point de non-retour, dans l'espace européen, il n'occupe plus la place qu'il avait", remarque l'écrivain Henri Lopes, ancien Premier ministre du Congo-Brazzaville.
"Sensibles aux difficultés que rencontre l'usage du français dans les organisations internationales", les ministres de la Francophonie avaient adopté en septembre 2006 à Bucarest un "vade mecum" où ils s'engagent à s'exprimer dans cette langue au sein de ces instances.
Or, observe Henri Lopes, ce vade mecum "n'est pas toujours véritablement mis en oeuvre. Ce que nous risquons, c'est de glisser de l'Organisation de la Francophonie vers une Organisation de la Francophilie!". A la Commission européenne, selon l'OIF, la part des documents d'origine rédigés en français est passée de 40,4% en 1997 à 28% en 2003 et sans doute un quart aujourd'hui.
Autre insuffisance, la dimension économique. Pour Boutros Boutros-Ghali, ancien secrétaire général de l'ONU et de la Francophonie, "les moyens sont limités et le principal bailleur de fonds, la France, ne semble pas très intéressé".
Le 40e anniversaire de la Francophonie a beau être placé sous le signe de la solidarité avec Haïti, l'aide d'urgence débloquée après le séisme en janvier semble ridicule au regard des besoins. L'OIF a envoyé 100.000 euros pour la population civile. Pour comparaison, l'ONU a évalué les besoins pour 2010 à un milliard d'euros.
La Francophonie préfère donc insister sur ses succès d'estime, ce que son actuel secrétaire général, le Sénégalais Abdou Diouf, appelle la "magistrature d'influence". M. Diouf et d'autres représentants de la communauté francophone seront reçus samedi midi à l'Elysée par Nicolas Sarkozy à l'occasion de la Journée internationale de la francophonie.
Lors du sommet de la Terre de Rio en 1992, "pour la première fois, des chefs d'Etat avaient décidé d'aller à une conférence internationale en se concertant au préalable pour arriver à une position commune, ce qui a permis d'introduire une convention pour la désertification", rappelle le Québécois Jean-Louis Roy, ancien secrétaire général de l'ACCT, l'ancêtre de l'OIF.
Pour Abdou Diouf, la victoire la plus "emblématique" remportée par la Francophonie a été "l'adoption de la Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles à l'UNESCO en octobre 2005.
AP

